Avis

Le meilleur des mondes de Aldous Huxley

Couverture et résumé :


Voici près d’un siècle, dans d’étourdissantes visions, Aldous Huxley imagine une civilisation future jusque dans ses rouages les plus surprenants : un État Mondial, parfaitement hiérarchisé, a cantonné les derniers humains  » sauvages  » dans des réserves. La culture in vitro des fœtus a engendré le règne des  » Alphas « , génétiquement déterminés à être l’élite dirigeante. Les castes inférieures, elles, sont conditionnées pour se satisfaire pleinement de leur sort. Dans cette société où le bonheur est loi, famille, monogamie, sentiments sont bannis. Le meilleur des mondes est possible. Aujourd’hui, il nous paraît même familier…

Poche : 4€95

Pages : 320

Mon avis :

Avant de passer à mon ressenti concret sur ce livre, je voudrai vous expliquer comment j’en suis venue à lire ce roman. Il y a plusieurs mois, mon oncle m’a demandé pourquoi je lisais autant (comprenez surtout pourquoi lis-tu autant de romans stupides) ? Parce que, oui, mon oncle est de ceux qui pensent que si l’apport intellectuel n’est pas concret, établi, il ne sert à rien. Comme il est assez compliqué de tenir une discussion face à ces personnes, ardemment convaincues qu’elles détiennent la clé absolue de ce qui est important dans la vie, j’ai laissé mon oncle déverser son incompréhension et sa colère. Il a terminé son beau discours en me proposant un défi : je devais lui faire lire dix livres de mon choix et en échange, j’acceptais d’en lire un seul qu’il m’imposerait. Je ne savais pas quel était le livre qu’il voulait tant que je lise afin d’appuyer sa vision du monde… mais je lui ai passé un roman, puis deux… et trois. Ça s’est arrêté là. Mais un beau jour, il a révélé que c’était 1984 qu’il me fallait découvrir. Je l’ai fait. Après ma lecture, il m’a dit que je devrai peut-être lire Le meilleur des mondes. Je viens de le faire en sachant que mon oncle n’a guère lu ni 1984, ni celui-ci mais que par le biais de ses questionnements, ce sont des romans mis en avant par d’autres individus, se rapprochant de sa façon de voir le monde.

Je suis plus jeune, probablement moins cynique, plus idéaliste aussi… et certainement moins « militante ». Il est évident que Le meilleur des mondes d’Huxley est effrayant. Il est évident que ce texte a des résonances en rapport à l’évolution de nos sociétés.

Imaginez Huxley, en 1931, écrire ces lignes, dénonçant des choses déjà, qui pouvaient paraître lointaines alors mais qui dans le monde dans lequel nous vivons… regardez cette liberté sexuelle que la société nous pousse à avoir (ne voyez pas là une critique, je suis pour la liberté de chacun du moment que ça n’empiète sur personne)…

La seule raison pour laquelle je n’évoque que cette liberté sexuelle est que Huxley a beaucoup misé sur cela, ce qui devait être assez énorme pour son époque (même si les amants/maîtresses n’étaient pas moins nombreux, il y avait beaucoup de personnes croyantes et pratiquantes pour qui ce devait être aberrant).

Il y a le reste : dans le meilleur des mondes, les individus sont conditionnés pour tout, notamment grâce à l’hypnopédie (principe d’intégrer dans les esprits des préceptes en phase de sommeil, sur les enfants). Chaque individu est à un certain niveau. Aucune perspective d’évolution, surtout aucun désir dévolution : chacun est heureux d’être là où il est. N’oubliez pas que c’est exactement ce que le gouvernement que nous avons est en train d’appliquer (vous avez le droit de ne pas être d’accord – comme dit précédemment dans mon retour sur le Journal Rouge, je n’ai pas l’âme militante).

Alors voilà, je crois que Le meilleur des mondes est un livre intéressant. Il est abordable et relativement facile à lire. Il y a des passages plus intéressants que d’autres néanmoins je pense que sa réception dépendra largement de l’individu qui le découvre, de son conditionnement. (Ne vous offusquez pas… nous le sommes tous plus ou moins.)

J’ai beaucoup grimacé parce que cette utopie, bien qu’ayant quelques critères de premiers choix, repose largement sur une manipulation pleine et entière, avec un dirigeant qui aurait lui, un accès à tout presque comme un dieu. Je ne vais pas m’attarder sur ce point, je comprends pourquoi c’est organisé de cette façon mais je n’approuve quasiment rien, pour ne pas dire que je désapprouve le tout. Les femmes sont considérées comme des objets sexuels ou purement décoratifs. Il n’y a de place que pour le « beau » qui aura été sélectionné comme tel par les fondateurs de ce monde.

Et les réserves de sauvages sont absolument horribles. Vous n’auriez pas envie d’y vivre non plus avec un descriptif pareil. Bien qu’il ne faille pas oublier que nous voyons ces réserves au travers des regards d’Alpha de la société. Le juste milieu n’existe pas.

Malgré le fait que je n’ai pas plus apprécié cette histoire que cela, c’est à lire si les romans d’anticipation vous tentent. Il peut amener de vrais questionnements pour les lecteurs et rien que pour cela, il remplit son rôle.

Vous l’avez lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

C’est l’article de La Cosse de Céline qui m’a décidé à le lire plus rapidement que je ne l’aurai fait. N’hésitez pas à aller y jeter un œil si ce livre vous fait envie : ici.

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8 commentaires sur “Le meilleur des mondes de Aldous Huxley

  1. Oui, difficile d’approuver les théories de cette dystopie. Je suis d’accord avec toi sur l’absence de juste milieu. Avant de découvrir les réserves, je m’attendais à autre chose. L’auteur en a fait quelque chose d’assez extrême (même si comme tu le dis notre point de vue est biaisé par celui des protagonistes).

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  2. Euh… La manière de faire de ton oncle est assez étrange. Recommander un livre que l’on a pas lu tout en critiquant les goûts des autres, l’intérêt m’échappe.
    Je le note ce titre mais ce sera vers la fin de ma pal comme 1984 (dans três longtemps donc)

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    1. Je n’ai jamais dit que ma famille était normale 😂. C’est ma mère qui m’a dit qu’il ne l’avait même pas lu, pas lui. Du coup, je vais les lui amener pour qu’il les lise. Après, il pourra m’en parler.

      Je comprends que tu les mettes en fin de PAL. Vraiment. Ceci dit, je trouve que Le meilleur des mondes est moins « pavé » que 1984… mais ils ne sont pas comparables non plus.

      Mais pour te terminer à propos de mon oncle et de la façon dont je réagis à ça, c’est problématique parce que j’entends beaucoup de monde parler de sous littérature sitôt qu’on évoque la romance et encore plus sur nos romances contemporaines. Ça m’énerve un peu donc je n’ai toutefois pas été garce au point de lui donner de la romance pure à lire et encore moins du MM… avec lui, je ne parle jamais d’homosexualité parce que la seule fois où je l’ai fait, il m’a fait un discours tartine. Tolérance pour mon point de vue égale à zéro. Seule sa façon de voir est vraie et juste. Et non, il n’est pas « homophobe », il a eu des amis gay mais il les considère comme des sous hommes… classique ! (Donc je m’abstiens de toute discussion parce que ça m’énerve, je bouillonne, j’essaie d’exposer mes arguments qu’il balaie en deux mots et je me sens toujours comme une moins que rien après)
      Mais je crois que nous avons eu une discussion similaire en mail toi et moi à propos de ça 😂 ou ça s’en approchait.

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      1. Tu fais bien de les lui donner pour qu’ils les lise oui. Un peu de cohérence dans son étrange raisonnement ne lui fera pas de mal. Pdrr « pas été garce », je l’aurai grave été moi, ça lui aurai fait du bien. Plus sérieusement, tu n’es pas la seule à qui cela chiffonne que des personnes critiquent le goût des autres en parlant de « sous littérature ». Cette connerie n’existe pas. Ces gens sont prétentieux et cons (navrée, c’est le fond de ma pensée). On ne lit pas pour paraître ou faire genre d’appartenir à « l’élite » (ça aussi, ça n’existe pas) on lit parce que l’on aime ça, qu’on aime voyager quelque soit le fond de l’histoire. Chacun ses goûts. Si quelqu’un préfère lire tous les jours de sa vie des personnes du classicisme ou d’autres livres dépourvu de romance ou d’imaginaire, bien à eux. Je ne vais pas lire Emile Zola alors que je déteste son écriture pour me faire bien voir. Et parler d’un livre, le recommander alors qu’on ne l’a jamais lu et monter sur ses grands chevaux en abaissant (et c’est ce point qui est crucial), le goût des autres, sur des « on dit » c’est suprêmement con (désolée encore hein, mais vraiment…).
        Les considérer comme des « sous hommes » revient à être homophobe. Ce n’est pas parce qu’il ne les tabasse pas ou qu’il a des amis gays qu’il ne l’est pas ( je ne sais pas du coup si c’était de l’ironie pour toi mais moi je vois les choses comme ça). C’est comme les gens qui se disent pas racistes mais qui disent « tu es belle pour une noire »….c’est quoi ? Ma couleur de peau me met d’office parmi les gens laids ? « pour une noire » ? être noir est une tare mais, chanceuse, tu as réchappé à la laideur ?
        Beaucoup ne se pensent pas homophobe ou racistes mais leurs paroles montrent vite ce qu’il en est vraiment.

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      2. D’où le mot homophobe entre guillemets dans mon commentaire 😉 J’évite mon oncle autant que possible 😂 mais c’est la famille et mon éducation fait que je le prends tel qu’il est. Bref. Tu as raison sur le fond mais je pense que la plupart des gens de se rendent pas compte de la portée de leurs mots si tu ne les aides pas à en prendre conscience. Ça revient à ce que nous disions sur le viol en mail.
        Je suis d accord avec toi par rapport aux choix de lectures. (Je vais aussi répondre à ton mail dans l’après-midi).

        Aimé par 1 personne

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