Avis

La mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie de Philippe Cassand

Couverture et résumé :


Ce n’est pas que Xavier, séduisant steward et collectionneur d’amants à travers le monde, soit parano mais là, il commence à se demander si on ne lui en voudrait pas un peu. Jugez donc : d’abord quelqu’un aide un de ses meilleurs amis à faire un vol plané depuis le sixième étage ; ensuite son appartement est méthodiquement mis à sac ; puis un mystérieux motard s’attache au moindre de ses pas avec des intentions mortifères ; enfin, il reçoit depuis plusieurs mois des menaces de mort sous forme de lettres anonymes.
Avec l’aide d’Omar, son meilleur ami, Xavier va devoir fouiller dans son propre passé, partir à la recherche de ses anciens amants et réaliser que sa propre conduite n’a pas toujours été irréprochable. Et si quelqu’un s’était mis en tête de lui faire aujourd’hui payer l’addition ?

Éditeur : Éditions Gaies et Lesbiennes
Poche : 7€
Numérique : 2€99 (Éditions Jean-Paul Gisserot)
Pages : 191
Sortie : 14 mai 2008

Mon avis :

Après un petit moment d’hésitation, je me décide à vous parler de ce roman. Entre énorme et *maisquestcedoncquecebouquin*, je me dois quand même de vous partager cette lecture.

Alors énorme, oui et non, parce que c’est difficile d’entrer dans la vie de Xavier, personnage méprisable dès les premières lignes. S’améliore-t-il ? Tout à fait mais pas avant de nombreux chapitres… C’est un homme qui apparaît blasé par ce qui l’entoure et terriblement mal pour avoir une critique si facile et méchante des autres. Il vous dirait le contraire, probablement même qu’il dirait aussi qu’il ne fait que constater des faits. Quant à son entourage direct, j’ai comme eu l’impression qu’il n’y en avait pas un pour rehausser le niveau. D’ailleurs, j’ai même pensé que c’était assez masochiste pour certains de se forcer à la proximité d’autres, alors que cela nourrit une profonde colère en eux, qui ne peut se permettre d’éclater à cause de l’amitié qui les unit.

Culpabilité d’avoir été enfant unique sans enfants ; d’avoir été fils de commerçants ruinés par un contrôle fiscal et d’avoir fini inspecteur des impôts ; d’être lui, moche petit gros, exactement semblable à ce qu’il ne faut pas être dans le Marais, coupable d’être sentimental, de chercher un impalpable Prince Charmant.

Je me permets d’imaginer que ce devait être encore plus difficile qu’aujourd’hui, dans les années 80-90 pour les homosexuels mais là, on atteint surtout une description du milieu pas très attirante et surtout limitée (pour moi lectrice, après tout, chacun son truc ! ). Nos protagonistes clés mènent des vies riches en relations éphémères et anonymes. Si ce n’était que cela, j’aurai pu m’y faire. Sauf que l’auteur semble appuyer sur la perversion (c’est ce que dit le livre, pas moi) qui anime chacun d’eux, perversion qui découlerait de leur homosexualité… Les hétéros n’étant pas en reste, j’ai plutôt envie de dire qu’il s’agit là de quelque chose qui tient plus de l’individu que de son orientation sexuelle.

Éric sortit son carnet de cuir noir et son stylo-plume d’or, capuchon nacré. Il se sentit ridicule. Il réalisa qu’il n’était pas venu pour cela, c’était un prétexte. Quand il contempla le tapin B.C.B.G., les larmes lui montèrent aux yeux, il l’imagina dans la position qu’il prendrait pour lui complaire : à quatre pattes sur le matelas de la mezzanine, avec les harnais en cuir, les clous argentés, la cagoule, celle que l’on met sous un casque de moto pour avoir bien chaud. Peut-être que les autres « clients » lui faisaient la même chose et il s’étrangla de jalousie.

Côté roman policier, jusqu’au bout, je me suis demandée où on allait atterrir. Parce que… Un titre pareil, avec un héros steward, j’imaginais un truc aussi énorme qu’un crash aérien causé indirectement par Xavier. Mais non. D’ailleurs, j’espère que vous ne comptez pas prendre l’avion dans ce roman, en dehors d’un bref passage, tout se déroule dans notre charmante capitale.

Xavier avait alors compris que cette découverte perpétuelle des corps et des sexes serait la motivation supérieure de sa vie et que tout serait organisé autour de cette recherche.

L’auteur fait le choix de nous embrouiller, laissant transparaître haine et jalousie, des détails qui pourraient appartenir à notre « tueur » ici et là. Il nous promène. Et il le fait bien… on devient aussi parano que Xavier.

Je pourrai vous dire que c’est un pari réussi sauf qu’être ballottée comme ça, a fini par m’agacer. La résolution m’a juste fait dire « tout ça pour ça ! « . Il y avait comme un côté facile d’en terminer ainsi.

Mais si vous avez envie de visiter le Marais, milieu des années 90, aux côtés de personnages qui tiennent plus des vilains que des héros, de découvrir ce que cachent les menaces reçues par Xavier et le meurtre de son ami, c’est un roman bien écrit (en dépit de mon ressenti personnel). Il y a une volonté de la part de l’auteur de ne pas laisser de côté l’aspect psychologique de ses personnages. C’était intéressant même s’il m’a manqué un petit quelque chose pour apprécier totalement cette partie.

Ma note : 13/20.

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9 commentaires sur “La mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie de Philippe Cassand

  1. Mdrr « mais qu’est-ce que c’est que ce bouquin »
    Du coup, je n’ai pas compris pour le « magistral » vu que tu dis qu’il ne l’est pas.. 🤔
    La sensation de « tout ça pour ça » est toujours agaçante, mais tu ne semble pas avoir « détesté » ta lecture

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai hésité à modifier cette partie de l’article. Hier soir, c’est le seul mot qui m’est venu en opposition totale avec « mais c’est quoi ce truc ? ». J’ai aimé ce que j’ai lu sauf que… en lisant ce roman, tout ce que je garde est que je comprends que les gens puissent avoir une très mauvaise opinion du milieu gay. Avant de lire tous ces romans (les romances au départ donc pas forcément des références réalistes), je n’avais aucune idée de ce que ça évoquait dans l’esprit des « bien-pensants ». C’est suite à une discussion avec ma mère que j’ai bien intégré des petites choses dérangeantes de la façon dont elle a pu m’en parler. J’ai remis ma mère face à une autre réalité qui est que chaque individu a ses limites, peu importe son orientation sexuelle, peu importe le grand boom homo, etc… nul besoin de s’ancrer dans la modernité pour comprendre que l’être humain a toujours eu des pulsions que le « bien » va juger malsaines. Autre débat sur ce qui est bien ou mal, souvent défini par l’éducation reçue par l’individu bien plus que par une réalité qui se voudrait universelle.
      Bref… Il y a quelque chose d’énorme dans ces lignes, un potentiel évident qui malheureusement ne prend pas à cause du manque d’exploration dans l’individualité.
      Tu pourrais croire être en présence d’hommes typiquement mauvais mais tu réalises que l’auteur n’a jamais cherché à te montrer ce qui les rend classiques, normaux… Je pense que c’est une grosse erreur de peindre de tels portraits et de les mettre en avant comme représentatifs de toute une communauté. Parce que le personnage principal est entouré par une bande haute en couleurs où j’ai eu du mal à déceler du normal en eux. C’est comme si tu décrivais l’homosexualité comme un vrai problème psy, une maladie telle que certains aimeraient qu’elle soit.
      Ça ne doit pas trop t’éclairer tout ça. Je vais réfléchir à un autre mot ou mettre une autre phrase peut-être 😂

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      1. Salut, désolée du temps, je voulais bien te répondre du coup, je cherchais le bon moment. Étonnement, ce que tu soulèves par rapport à ce livre et la discussion avec ta mère fait écho à une idée d’article que j’avais en tête. Effectivement, comment sont vues les romans (et mangas) LGBT+ par les « bien pensant »? Est-ce que sortir un peu de la « normalité » stigmatise forcément ou faut-il vraiment est « borderline » pour cela? Qu’est qui fait que certains ne s’offusquent pas des « originaux » alors que d’autres s’étouffent rien que d’y penser ? Ton commentaire a éveillé plein de questions… J’ai même posé une question sur Twitter pour m’aider pour mon article mdr

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      2. Voilà un excellent sujet que je lirai avec plaisir si tu rédiges un article.
        Pour ma part, je crois que c’est lié à l’éducation principalement et aux expériences de vie. Ma mère, par exemple, a réagi vivement à un truc que je disais. Elle a illustré son point de vue avec une camarade de classe lesbienne qu’elle avait à l’époque (c’était dans les années 80). Elle a eu fréquenté des gays parce qu’elle sortait beaucoup… elle soutient ne rien n’avoir contre l’homosexualité mais elle a des opinions plus tranchées sur la mariage ou la parentalité. Une fois de plus, je lui ai fait remarqué qu’il y avait beaucoup de familles monoparentales et que les couples hétéros étaient loin d’être si stables qu’on veut bien nous le faire croire. Mon oncle a soulevé un autre point intéressant même si je ne le rejoins pas sur le sujet. Voilà. Hier, j’ai eu une discussion avec ma tante et une grande cousine… Les points de vue sont aussi nombreux que les individus. Mais je passe pour une alien dans ma famille si j’admets lire ce genre de livres.

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      3. Oui, j’essaierai de m’y mettre le week-end pour poser sur papier mes pensées.
        Oui, je vois un peu le genre, merci ceci va étendre mon champ de vision pour l’article.
        Ils savent que tu lis ce style de livres non ? Comment ont-ils réagi ?

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      4. Je ne me cache pas de lire ça. À part mes enfants qui sont absolument pas à regarder ces détails vu leur âge… Je n’ai aucun problème avec mes lectures donc j’en parle mais avec ma grand-mère, même pas j’essaie. Elle voit le démon partout. Hier, elle a même dit que je ne pouvais pas comprendre et que déjà, j’étais formatée parce que mes parents sont séparés et ont refait chacun leur vie, etc… que de fait, je n’ai plus la bonne vision du couple et blablabla.
        Je pense que ça surprend en fait. Pas forcément dans le mauvais sens. Et encore, je n’ai pas tous les sons de cloche de ma famille là-dessus. Mon père ne sait pas. Et quand il est passé avec ma sœur et qu’elle m’a demandé ce que je lisais, qu’elle a commencé à me demander pour mon blog, j’ai détourné le sujet. Les liens sont différents. J’ai déjà du mal à communiquer avec lui et avec mes sœurs 😔
        Donc, globalement, ils s’en fichent mais ne comprennent pas.
        Mon oncle me dirait d’aller plutôt lire des ouvrages sociologiques que de la fiction si je tiens vraiment à en savoir plus sur le sujet. 😅

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      5. ouh, oui, je vois pour ta grand mère, en effet, ça donne la sensation de parler dans le vide alors on économise nos forces. Et je comprends aussi que tu ne l’ai pas dit à ton père et autres. Mdrr, ce que dis ton oncle est juste, j’ai eu cette idée pour mon article, et elle me trotte toujours en tête mais je ne pense pas que je vais aller fouiller dans des livres sociologiques (et désolée du temps, j’avais cours depuis 8h, impossible de répondre)

        Aimé par 1 personne

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